04/09/2007

Un Watergate polonais ?

e2ec1e95204fdf89b9e5939c7e9c8d93.gifDéjà plongée dans une importante crise politique avec la fin de la coalition gouvernementale entre le PiS des frères KACZYNSKI, la formation nationaliste catholique LPR et le parti populiste Samoobrona RP, la Pologne vit depuis quelques jours au rythme des scandales, des arrestations spectaculaires de personnalités, des accusations entre anciens alliés de corruption, d'entrave à la justice, de fabrication de fausses preuves, d'écoutes clandestines d'hommes politiques et de journalistes... L'opposition évoque déjà un Watergate polonais.

Tout a commencé par un énième limogeage de ministre, le chef du gouvernement Jaroslaw KACZYNSKI étant coutumier du fait. Un proche des frères KACZYNSKI, Janusz KACZMAREK, ministre de l'intérieur, a donc été renvoyé du gouvernement, suspecté d'avoir fait échouer une opération du CBA, l'office central anti-corruption, menée à l'encontre de l'ancien Vice-Premier ministre et ministre de l'agriculture Andrzej LEPPER, par ailleurs leader du parti Samoobrona RP.

Auditionné par la commission parlementaire sur les services spéciaux, M. KACZMAREK a accusé le Premier ministre et le ministre de la justice, Zbigniew ZIOBRO, d'avoir placé sur écoutes des membres du gouvernement. Jaroslaw KACZYNSKI a indiqué que ces accusations étaient infondées.

"Nous vivons dans un Etat totalitaire", de tels propos auraient été prononcés, devant les parlementaires, par l'ancien ministre de l'intérieur. Soupçonné, à ce jour sans preuves, d'être corrompu, Andrzej LEPPER aurait été la cible d'agents provocateurs, utilisant des documents falsifiés. Il aurait été averti de cette machination par son ancien collègue ministre.

M. KACZMAREK a accusé Jaroslaw KACZYNSKI et Zbigniew ZIOBRO d'utiliser les services secrets aux fins de discréditer leurs adversaires politiques, en fabriquant des faux.

La semaine dernière, l'ABW, agence de sécurité intérieure, a procédé à l'arrestation de Janusz KACZMAREK, de Konrad KORNATOWSKI, ancien chef de la police polonaise, et de Jaromil NETZEL, président du groupe polonais d'assurances PZU. Ces trois personnalités sont accusées de faux témoignages et d'entrave à la justice dans l'enquête sur une fuite portant sur une opération de l'office central anti-corruption.

De nombreux commentateurs considèrent que le parti des KACZYNSKI tente d'intimider certaines personnalités et d'étouffer les accusations d'abus de pouvoir. L'ancien responsable de la police devait témoigner devant la commission parlementaire sur les services spéciaux le lendemain de son arrestation.

"Le comportement du gouvernement, c'est de l'héritage stalinien en ligne droite", selon Lech WALESA, ancien Président de la République et ancien dirigeant historique du syndicat Solidarnosc.

Pour Adam MICHNIK, célèbre opposant à l'ancien régime communiste et fondateur de Gazeta Wyborcza, le grand quotidien polonais, "le Rubicon a été franchi qui sépare une démocratie régie par les lois d'un pays menacé par un coup d'état insidieux". Il en appelle à la révocation immédiate du Premier ministre et du ministre de la justice, afin de garantir l'intégrité des élections.

La Diète (Sejm), chambre basse du parlement, doit se prononcer, le 7 septembre prochain, sur sa dissolution qui ouvrirait la voie à des élections législatives anticipées. Celles-ci sont demandées depuis longtemps par le principal parti d'opposition de tendance libérale PO. Le PiS devrait également voter en ce sens, les frères KACZYNSKI s'étant résignés à cette perspective, en limogeant, mi-août, les derniers ministres issus de la LPR et de Samoobrona RP.

Le parti social démocrate SLD a récemment annoncé que ses députés voteraient la dissolution de la Diète. Lors d'une conférence de presse, fin août, Aleksander KWASNIEWSKI, ancien Président de la République et leader de l'alliance de centre gauche LiD, a déploré que les frères KACZYNSKI aient fait de la Pologne la risée du monde entier par leur conservatisme dépassé. Il a indiqué que l'alliance LiD était disposée à former une coalition gouvernementale avec le parti libéral PO, à l'issue des élections législatives anticipées qui pourraient avoir lieu le 21 octobre.

Selon différents instituts de sondages, PO se place en tête des intentions de vote, devançant le PiS d'environ dix points, l'alliance de centre gauche étant en troisième position. Aucune des formations ne semblant pouvoir obtenir une majorité absolue, le prochain gouvernement devrait donc être issu d'une coalition.